Lundi 25 mai dernier, le pape Léon XIV a publié sa première encyclique intitulée « Magnifica humanitas ». Beaucoup l’ont présentée comme un texte sur l’intelligence Artificielle – IA –. S’il est vrai que Léon XIV traite de cette technique envahissante, il aborde également d’autres sujets très importants, voire primordiaux, tels que la pensée dynamique fidèle à l’évangile, les fondements et les principes de la doctrine sociale de l’église et l’indispensable nécessité de garder l’humain maitre de la transformation !
-> ici le texte complet, libre d’accès
Voici ci-après ce qu’écrit, Bernard Thourigny, prêtre du diocèse de Sens-Auxerre, membre du comité de rédaction de la revue Nouvel Essor, dans son numéro de septembre 2026.
« La première phrase de la 1ère encyclique de notre Pape Léon XIV sonne comme un clairon : « Magnifique est l’Humanité, elle a été créée par Dieu » Humanité magnifique et vulnérable qui se trouve aujourd’hui face à des choix décisifs pour garder sa noblesse et sa dignité.
Pour Léon XIV l’humanité doit en permanence travailler au bien commun et préparer l’avenir des générations suivantes.
Il nous rappelle que nous sommes appelés à participer aux initiatives qui contribuent à un monde juste : « Avec les femmes et les hommes de notre temps, nous voulons trouver de nouvelles de nouvelles voies pour le bien commun et la promotion d’une vie digne pour tous. » pour cela, il nous faut prendre conscience des graves dangers qui nous entourent et nous guettent tels ceux générés par l’IA (intelligence artificielle). Le pape nous demande d’être lucides et nous invite à la prudence pour respecter cette magnifique humanité.
Mettre l’intelligence matricielle au service du bien commun
L’IA ? C’est cette machine numérique capable de répondre très vite, dans de très nombreux domaines aux demandes que l’on lui fait. Quotidiennement utilisée par de très nombreuses personnes à travers le monde, dans de très nombreux domaines, elle permet des choses positives notamment pour la santé, l’accès aux connaissances, le monde du travail, les loisirs…Mais elle propose aussi parfois des solutions passe-partout sans recours à la réflexion et au travail personnels et surtout permet des contrefaçons et des faux indécelables ! L’encyclique reconnait ainsi, et approuve, ce qui peut sortir de bon de son usage, mais elle souligne l’appauvrissement de l’Homme quand il pense avoir, grâce à l’IA, une bonne réponse à tout. Alors que finalement, l’IA livre ce qu’on lui a donné ! Il faut donc désarmer l’IA affirme l’encyclique. Qu’est-ce à dire ? Léon XIV dit avec force qu’il ne faut pas utiliser l’intelligence artificielle comme arme de combat ou de compétition pour obtenir toujours plus et surtout toujours plus de pouvoirs ; elle doit être au service du bien commun. Cette encyclique ne parle pas que de l’IA, le pape traite également de l’humanité qui se trouve confrontée aux inégalités croissantes, aux différentes misères, aux guerres et au recul de la démocratie dans de nombreuses régions du monde. B.T. »
Cette encyclique s’inscrit parfaitement dans la pensée sociale de l’église qui avait pris réellement forme à la fin 19ème siècle avec la publication par le pape Léon XIII de l’encyclique Rerum Novarum, le 15 mai 1891. Les choses nouvelles de l’époque étaient issues de la révolution industrielle et Léon XIII avait jugé nécessaire de s’exprimer sur la condition des ouvriers.
Les Principes de la pensée sociale de l’église
Aujourd’hui c’est l’intelligence artificielle qui révolutionne les rapports humains et à son tour, Léon XIV reprend dans son encyclique les principes de la pensée sociale de l’église. Fondés sur l’être humain image de Dieu, sur l’égale dignité de tous les hommes et sur la valeur suprême des droits de l’homme, cette pensée retient cinq grands principes : le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité, la solidarité et la justice sociale. Autant de principes repris par Léon XIV qui insiste sur le développement humain intégral et la naturelle obligation qui est faite à l’église de les appliquer.
Le dernier chapitre est consacré à la culture du pouvoir et à la civilisation de l’Amour. D’un côté, cette envie de dominer qui engendre les guerres et qui les banalisent. Ce pouvoir qui utilise sans limite la force, qui s’appuie sur le matérialisme et qui prétend au réalisme politique ! Face à cette situation il faut, nous dit Léon XIV, construire la civilisation de l’Amour ! Chaque personne doit y contribuer, en dialoguant et en désarmant les mots, en étant attentifs et bienveillants, en retrouvant le goût et la nécessité de la diplomatie et en acceptant le multilatéralisme.
Enfin la prière et l’espérance sont des moyens indispensables pour aller vers cette civilisation de l’Amour.
De la conclusion je retiens notamment cette ferme invitation à rester lucides et fidèles à la vérité et je cite volontiers ce passage « Notre travail de construction doit avoir pour fondement la relation avec Dieu, pour règle l’acceptation de la limite humaine telle une réalité naturelle et positive, et pour style la coresponsabilité et le langage évangélique. »
Dans cette vivifiante encyclique, comme en France récemment lors de son voyage apostolique, le Pape Léon XIV dit avec calme, bienveillance, force et détermination la primauté de la dignité humaine et la nécessaire place des religions dans la société.
Henri COUDRON
