Notre Dame des bonnes nouvelles : chapelle du Reclus dédiée à Saint Cado

Nichée au fond de la vallée du reclus, la chapelle dédiée à Saint Cado date probablement du 15ème siècle, voire du 16ème, comme le bâtiment, ancien prieuré, qui la jouxte à midi.

La chapelle est de forme rectangulaire, avec une forte pente ascensionnelle vers l’autel et la nef est dotée de colonnes engagées. Certains pourraient voir dans cette forte pente une symbolique : on entre dans la chapelle et en allant vers l’autel on se rapproche du ciel ! La réalité est sans doute plus matérialiste : lors de la construction on ne disposait pas des engins performants actuels et les bâtisseurs ont conservé le terrain existant ! Quoi qu’il en soit, cette caractéristique donne à la chapelle une intéressante et très rare particularité.

Le portail immanquable lorsque, en provenance de Kerléano, nous descendons la rue à forte pente qui conduit jusqu’au ruisseau, tourné à l’ouest, mélange un gothique flamboyant et une architecture renaissance. Des animaux sont sculptés sur les rampants et on y voit notamment un chat, animal symbolique du saint patron du lieu. En effet, on dit que Saint Cado, installé sur une île de la rivière d’Etel, voulut construire un pont pour relier le continent. Il fit appel au diable qui en contrepartie, devait prendre l’âme du premier à traverser le pont. Rusé, Saint Cado fit en sorte que ce fût un chat ! (Allez voir l’île de saint Cado à Belz et franchissez ce pont pour admirer ce magnifique endroit).

A l’intérieur de la chapelle, il y a notamment la statue de Saint Cado et un Christ en croix. Datant de la construction de ladite chapelle, ces deux pièces furent retirées des lieux par mademoiselle Simone de Cadoudal (1), lors de l’écroulement de la toiture. A la reprise des offices la statue de Saint Cado fut remise en place et restaurée en 2009, mais point le Christ en croix conservé dans le patrimoine personnel au manoir de Kerléano. Le couple Simonet, héritier de ce patrimoine, décida de remettre le Christ à sa place, dans sa chapelle ; ce qui fut fait en présence du curé d’Auray, Gaëtan Lucas, lors du pardon le 15 septembre 2019.

L’histoire ancienne de cette chapelle est assez lacunaire et des recherches complémentaires seraient nécessaires pour préciser nombre d’éléments et en particulier son origine et ses premiers propriétaires. Elle a probablement été fréquentée par les marins-pêcheurs qui habitaient le quartier (à l’époque le bras de mer remontait jusqu’aux portes du reclus) d’où le nom de Notre Dame des bonnes nouvelles, et peut-être même « la paroisse du lieu ». Cependant les écrits retrouvés ne permettent pas de l’assurer.

En revanche, il est certain que la famille Cadoudal a un lien particulier avec cette chapelle. Joseph de Cadoudal (1784-1852), son épouse Virginie Jeanne-Marie du Lac, leur fille Jeanne Marie de Cadoudal et Joseph Marie de Cadoudal leur petit-fils y sont inhumés. Dans les années 1850/1860, Louis-Georges, fils du Général Joseph, est le président de la fabrique et note dans une de ses lettres la nécessité d’entreprendre des travaux importants d’entretien.

Au début des années 1860, moment du rattachement d’une partie de Brec’h (Reclus, Kerléano, Kéropert notamment) à la commune d’Auray, des écrits entre Louis-Georges Cadoudal, qui s’absentait régulièrement pour des raisons professionnelles, et son épouse Antonie prouvent qu’ils ont sérieusement pensé à acheter la chapelle saint Cado, mais aucun document connu à cette date ne le prouve et la famille était peu fortunée.

Afin d’éviter la démolition de la chapelle, la famille Cadoudal la rachète au moment des inventaires, faits par l’État, des biens de l’église (1905/1906). 70 ans après ces inventaires, la chapelle n’est plus en bon état, une grande partie de sa toiture s’effondre et la survie de l’édifice pose question. La propriétaire, mademoiselle Simone de Cadoudal « dite la chouette » refuse de la vendre à un antiquaire et trouve un accord avec la ville d’Auray qui la rachète pour le franc symbolique et entreprend sa restauration.

Aujourd’hui, La chapelle est entretenue par quelques personnes regroupées en association « Les amis du Reclus » et un pardon annuel y est célébré, en septembre, le dimanche des Journées Européennes du Patrimoine. Cette année, ce sera le dimanche 20 septembre.

A propos du pardon, voilà ce que disait Madeleine Hériard, née Cadoudal, mère de Madame Simonet (2), l’actuelle propriétaire du manoir de Kerléano :

« Le pardon de Saint Cado était alors très fêté. Fête religieuse, d’abord, puis la coutume voulait qu’on fasse dans tous les foyers un far breton et d’aller goûter chez eux celui des voisins. C’est ce que nous faisions. Puis le dimanche suivant, maman invitait à déjeuner le curé de Saint Gildas et ses vicaires. Bon déjeuner, cidre bouché, ambiance très gaie » (La vie début du 20ème siècle)

Le 13 septembre 2026. Henri COUDRON

(1) Simone de Cadoudal était l’arrière petite fille de Louis-Georges de Cadoudal, lui-même fils du général Joseph de Cadoudal, frère de Georges, le Chouan.

(2) Article rédigé à partir des archives communales d’Auray et d’un entretien que m’ont accordé M. et Mme Alain Simonet, propriétaires résidents du manoir de Kerléano, amateurs éclairés et passionnés d’histoire, détenteurs de nombreux documents sur Kerléano et la famille Cadoudal. Mme Simonet est la nièce de Mademoiselle Simone de Cadoudal, dernière propriétaire de la chapelle Saint Cado. Je tiens, ici, à remercier tout particulièrement M.et Mme Simonet pour leur accueil, leur disponibilité et leurs connaissances partagées. H.C.