






Quatre cent ans de ferveur populaire à Sainte-Anne-d’Auray
Un article du Journal La Croix, paru le 7/3/2025 :
Depuis la découverte miraculeuse d’une statue par le laboureur Yvon Nicolazic le 7 mars 1625, le sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray ne cesse d’attirer les visiteurs. Entre 300 000 et 400 000 personnes s’y rendent chaque année, un chiffre en légère augmentation ces dernières années. « Le pèlerinage de Sainte-Anne-d’Auray fait partie de l’ADN de la culture bretonne », estime Bruno Belliot, secrétaire général du sanctuaire, qui célèbre depuis 2022 et jusqu’au 26 juillet – fête de la Sainte-Anne – son jubilé. Pour le père Gwenaël Maurey, recteur depuis sept ans, « c’est la capitale spirituelle de la Bretagne ».
À la sortie de la basilique, pavoisée de la couleur bleue du jubilé, la famille Morvan, venue de Sarzeau avec deux enfants, a fait le pèlerinage « parce que c’est un lieu chargé d’histoire et de spiritualité » : « Même si nous ne sommes pas particulièrement pratiquants, nous ressentons quelque chose de spécial ici. C’est aussi une façon de transmettre à nos enfants notre patrimoine culturel breton. »
Si les Morbihannais constituent le premier contingent de visiteurs, le sanctuaire attire des pèlerins de toute la Bretagne historique, sans oublier les touristes étrangers. « Ma mère venait ici enfant, je m’y suis rendue aussi, et maintenant c’est au tour de ma petite-fille, dit Thérèse, qui a fait le pèlerinage depuis Nantes avec son mari Jean-Pierre. Sainte-Anne-d’Auray reste un lieu vivant car il raconte notre histoire collective. » « Ma petite-fille, qui n’est pas élevée dans la religion, a été impressionnée par la ferveur des visiteurs et par la beauté artistique des lieux », confie-t-elle encore.
Durant l’été, la fréquentation explose, portée par les flux touristiques. Mais tout au long de l’année, des pèlerinages spécifiques maintiennent une activité constante : motards, monde rural, personnel de santé, paroisses… Le père Maurey observe une dimension de « religion populaire » importante, qui va bien au-delà des pratiquants réguliers dans ce sanctuaire, dont l’histoire est marquée par la dimension familiale – sainte Anne est traditionnellement connue comme la grand-mère de Jésus.
Nombreux sont les couples en attente d’enfant qui viennent en ce lieu prier la sainte, qui aurait elle-même attendu vingt ans avant d’avoir un enfant avec son mari Joachim. Yvon Nicolazic et sa femme, eux aussi, souffraient de ne pas avoir d’enfant au moment des apparitions et en eurent quatre par la suite. Cet aspect particulier du sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray s’exprime par les nombreux ex-voto et les dons de chaussettes de bébés exposées – témoins des prières exaucées – dans la galerie-musée.
Pour distinguer les différents publics, le recteur a forgé sa propre formule : « Les touristes deviennent des visiteurs, et les visiteurs deviennent des pèlerins. » Cette capacité à toucher un public large fait la force du sanctuaire. De nombreux événements jalonnent ce jubilé, avec la bénédiction, ce 7 mars, d’une réplique de la statue de dévotion et d’une nouvelle bannière brodée. La statue partira ensuite en « troménie » dans tout le diocèse. « Dans la culture bretonne, recevoir sainte Anne dans sa paroisse, au fin fond du Morbihan, mobilise énormément », souligne le père Maurey.
Un oratorio, commandé par l’Académie de musique et d’arts sacrés de Sainte-Anne-d’Auray, sera joué le 6 juin à l’Opéra de Rennes et le 7 à la basilique du sanctuaire. « La musique est d’Éric Tanguy et le livret de Philippe Le Guillou, deux artistes de renom. La création s’est faite en étroite collaboration avec l’Orchestre de Bretagne et l’Opéra de Rennes, et a vocation à s’inscrire dans le répertoire historique du lieu », espère Bruno Belliot, également directeur de l’Académie de musique et d’arts sacrés.
Au-delà du jubilé, le sanctuaire prépare « Sainte-Anne 2030 ». « Il ne s’agit pas seulement de restaurer les bâtiments, mais de mettre à niveau le sanctuaire pour qu’il accueille mieux les pèlerins », précise le père Maurey. Ce projet s’inscrit dans une vision d’ensemble intégrant les différentes dimensions du site : le pèlerinage, mais aussi le collège, l’école primaire, le mémorial militaire, l’Académie de musique et d’arts sacrés. « Une étude complète a été confiée à quatre cabinets, dont celui de Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques et notamment de l’église de la Sainte-Trinité-des-Monts de Rome, souligne Bruno Belliot. Nous sommes en train d’écrire une sorte de livre blanc pour le Sainte-Anne de demain. »
Raphaël Baldos
Une statue en calèche sur les terres morbihanaises

Dans le cadre du jubilé des apparitions de sainte Anne à Nicolazic, une calèche tirée par un cheval de trait breton, portant une grande statue de la mère de la Vierge Marie, va faire le tour du diocèse de Vannes, de ce vendredi 7 mars au 26 juillet prochain. Elle traversera les terres morbihannaises au rythme des prières et des chants, des bombardes et des cornemuses, avec comme point d’orgue le rendez-vous du Grand Pardon de Sainte-Anne-d’Auray. Environ 400 bénévoles, dans les 115 paroisses étapes sur les 144 que compte le Morbihan, sont impliqués dans l’événement. Avec pour double ambition le réveil des paroisses et l’évangélisation.
