Homélie du P Guillaume le 28 juin 2026

Chers frères et sœurs dans le Christ, chers amis, quelle joie de nous retrouver si nombreux, ce matin, dans cette église Saint-Gildas !

Joie de pouvoir rassembler toute notre communauté paroissiale pour célébrer cette messe d’action de grâce et, en même temps, cette messe d’au revoir. Après quatre années passées parmi vous, il est temps pour moi de recevoir une nouvelle mission. Quatre années… Il me fallait bien ce temps pour commencer à m’enraciner.

En ce dernier dimanche du mois de juin, la Parole de Dieu vient éclairer tout particulièrement ce que nous vivons aujourd’hui. Le psaume nous invite à chanter les merveilles de l’amour du Seigneur. Mais les lectures nous rappellent aussi que cet amour est exigeant. Dans l’Evangile, Jésus nous dit : « Celui qui aime son Père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n ‘est pas digne de moi » (Mt 10, 37).

Ces paroles peuvent nous dérouter. Comment aimer profondément nos proches tout en mettant le Christ à la première place ? Je crois qu’il ne s’agit pas d’opposer ces deux amours. Au contraire. Plus nous nous enracinons dans l’amour du Christ, plus nous devenons capables d’aimer les autres d’un amour vrai, patient, gratuit. Après ces quatre années de ministère parmi vous, je mesure davantage combien aimer demande du temps. Aimer, c’est écouter. Aimer, c’est accueillir. Aimer, c’est accepter d’avancer au rythme des personnes. Je pense souvent ace conseil qu’un prêtre de notre communauté m’a donné : « Dans ta nouvelle mission, la première chose à faire sera d’accueillir les personnes telles qu’elles sont et de les écouter. »
Comme cette femme de Sunam, dans la première lecture, qui ouvre sa maison au prophète Elisée, vous avez été pour moi une véritable terre d’accueil.

Dès mon arrivée à Auray, je me suis senti accueilli, écouté, attendu. Les prêtres de la communauté m’ont fait confiance immédiatement. Ils m’ont ouvert leur porte, et cela m’a permis, à mon tour, de leur ouvrir mon cœur. Je me souviens encore d’une parole qui s’est impose intérieurement dès les premiers jours : « ici tu pourras t’enraciner. » Après sept années de discernement, cette parole était un véritable cadeau.

L’enracinement… En regardant le jardin du presbytère, je comprends encore mieux ce que cela signifie. Pour qu’un arbre donne des fruits, pour qu’un verger soit beau, pour que les fleurs s’épanouissent, il faut du temps, de la patience et des soins quotidiens. Il en va de même pour une paroisse. Une communauté chrétienne ne grandit pas en un jour. Elle grandit grâce é la fidélité de chacun, grâce aux petits gestes répétés, grâce à tous ceux qui servent souvent dans l’ombre.

Je voudrais aujourd’hui vous dire un immense merci :

Merci pour votre confiance, Merci pour votre accueil, Merci pour votre foi, Merci pour tout ce que vous m’avez appris.

En même temps, je voudrais aussi vous demander pardon :

Pardon pour les fois où je n’ai pas su vous consacrer le temps que vous espériez, Pardon pour mes manques d’écoute, pour mes maladresses, pour les paroles qui ont pu blesser ou décourager.

Je crois que nous avançons tous ensemble sur un chemin de conversion, et cette humilité fait aussi partie de l’action de grâce. Un autre prêtre me disait un jour: « Plus nous vivrons des choses ensemble, mieux cela ira. » C’est tellement vrai ! La fraternité ne se décrète pas. Elle se construit chaque jour. Dimanche dernier, lors des ordinations sacerdotales, notre évêque rappelait aux nouveaux prêtres : « Votre maniéré de vivre sera votre meilleur sermon. » Cette phrase m’habite profondément. Aujourd’hui, après quatre années parmi vous, je me sens prêt à repartir.

Dans un jardin, il arrive qu’on transplante un arbre. Il garde les mêmes racines, mais il est appelé à porter du fruit ailleurs. Il en est un peu ainsi pour un prêtre diocésain. Nos racines demeurent dans le Christ, mais notre terre, c’est tout notre diocèse. Alors il faut accepter de partir.

Partir, c’est toujours quitter quelque chose de précieux. C’est parfois consentir à une petite mort. Mais c’est aussi croire que Dieu prépare une vie nouvelle. Comme nous le dit Jésus : « Celui qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. » Partir ne signifie pas oublier. Je pars avec tous les visages, toutes les rencontres, toutes les joies, toutes les épreuves vécues ensemble. Je pars infiniment plus riche que lorsque je suis arrivé. Je ne mesure certainement pas encore tout ce que j’ai reçu de vous. Aujourd’hui, je rends grâce au Seigneur pour chacun d’entre vous. Le pape François répétait souvent que le chrétien ne doit jamais perdre la joie de l’Évangile. C’est cette joie que je voudrais emporter avec moi. Alors je vous demande une chose toute simple : continuez a prier pour moi, afin que je demeure toujours un prêtre heureux de servir le Christ et son Église là où il m’enverra. Et moi, je vous porterai dans ma prière.

Chers frères et sœurs, chers amis, que le Seigneur vous bénisse abondamment. Qu’il bénisse cette belle paroisse d’Auray-Pluneret. Qu’il fasse grandir ici de nombreuses vocations, beaucoup de fraternité et une foi toujours plus vivante. Et que cette terre continue de porter du fruit, un fruit qui demeure, pour les générations à venir.

Amen.