1700ème anniversaire du Concile de Nicée – Constantinople : enseignement sur le CREDO

Enseignement donné par Mme Marie-France FRANçOISE le 21 mars à Pluvigner et Auray
CREDO : Voilà la foi des Pères ! Voilà la foi des Apôtres ! Tous nous croyons ainsi !
(Validation par le Concile de Chalcédoine (451) des professions de foi de Nicée (325) et Constantinople (381)

I.      Introduction

II.     Rappel historique du discernement ecclésial  à l’origine du Credo

A.    Ier -IIIe siècles : les premières confessions de foi

B.     IVe -Ve siècles : la foi de Nicée et l’œuvre des premiers conciles œcuméniques

1.   Le concile de Nicée (325)

2.   Du concile de Nicée (325) au concile de Constantinople (381)

3.   Le concile de Constantinople (381)

4.   Nouvelle question théologique : vers le concile de Chalcédoine (451)

III.    Recevoir le Credo aujourd’hui

I. Introduction

« Le Credo, qui fixe le dogme chrétien, est comparable à une carte de géographie, constituée grâce à l’expérience des premiers explorateurs et qui donne la capacité de s’aventurer dans la foi ». C. S. Lewis, universitaire britannique, 1898-1963[1]

A l’origine de l’exploration se trouve l’expérience apostolique, telle que Pierre la proclame au matin de Pentecôte :

« Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, nous tous en sommes témoins. Exalté par la droite de Dieu, il a donc reçu du Père l’Esprit Saint promis et il l’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez. […] Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié ». (Ac 2, 32-33.36).

 Cette proclamation (Kerygma[2]) est une proclamation de foi trinitaire fondée sur l’évidence de l’expérience vécue et constitue le cœur de l’enseignement de l’Eglise primitive sur Jésus.

Ce « Je crois » premier est un « nous croyons », il prend la forme d’une annonce et d’une transmission aux non croyants par l’expérience du don de la grâce ( « comme vous le voyez et l’entendez », « Convertissez-vous : que chacun reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit » (Ac 2, 38).

Ce « Je crois » désigne le salut par la grâce, et la foi qui l’accueille. Le salut trinitaire opéré dans le mystère pascal reste tout entier à explorer.

  • Nous trouvons dans le Nouveau Testament les premières professions de foi esquissant un Credo.
  • Puis des questions se posent à la raison, et la théologie chrétienne naît de la réponse à ces questions. Mais la réflexion s’oriente dans des directions divergentes, et la nécessité de trancher selon la vérité s’impose. Ce sera l’œuvre des premiers conciles œcuméniques (Nicée, Constantinople, Ephèse et Chalcédoine). La confrontation laborieuse (et souvent conflictuelle, parfois violente) des idées, associée à l’inspiration de l’Esprit Saint aboutira à la constitution du Credo de Nicée-Constantinople par lequel aujourd’hui encore nous proclamons notre foi.
  • Après ce rappel historique du discernement magistériel à l’origine de ce Credo, nous l’actualiserons en mettant en résonnance le contenu de ces articles et le potentiel de régénération qu’il implique pour nous « ici et maintenant ».

II. Rappel historique du discernement ecclésial
à l’origine du Credo

A. Ier -IIIe siècles : les premières confessions de foi.

Dès l’origine l’Eglise a présenté la foi en exposé synthétique que l’on appelle confession, profession, règle de foi, symbole, termes synonymes à des nuances près (voir lexique).

Le contenu énonce ce qui est essentiel à la foi :

  • Formules christologiques ayant trait à la résurrection, et reconnaissance de Jésus « Seigneur » (adonaï en grec, terme réservé à la nature divine) : Rm 10,9 ; 1Co 12,3 ; 15, 3-5. Un second terme y est parfois adjoint : « foi en Dieu et en Jésus-Christ » : 1 Co 8,6 ; 1 Tm 2, 5, 6, 13 ; 2 Tm 4, 1.
  • Confessions de foi des Pères apostoliques[3] ; citons pour exemple :

– la formule christologique de St Ignace d’Antioche[4] concernant Jésus VRAIMENT homme, de la race de David, vraiment né de Marie, ayant vraiment bu, mangé, souffert, étant vraiment mort et vraiment ressuscité.

– Ignace a aussi une formule trinitaire incitant à mettre en pratique la « foi et la charité avec le Fils et le Père et l’Esprit [5]».

Règle de foi de St Irénée concernant l’Eglise : « C’est dans l’Eglise qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, gage de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi, échelle de notre ascension vers Dieu. […] Car là où est l’Eglise, là est l’Esprit de Dieu : et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Eglise et toute grâce. Et l’Esprit est vérité[6]».

  • Le symbole baptismal. Un apocryphe du IIe siècle fournit le premier texte d’un symbole baptismal, composé de cinq articles :

 « Je crois au Père maître de tout,

 Et en Jésus-Christ (notre sauveur),

 Et au Saint-Esprit (le Paraclet),

 Et à la sainte Eglise,

 Et à la rémission des péchés ».

  • Le symbole des Apôtres, en douze articles, dont nous ne connaissons pas l’origine[7] :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus-Christ, son
Fils unique,

notre Seigneur,
qui a été conçu du
Saint-Esprit,

est né de la Vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié, est mort
et a été enseveli,

est descendu aux enfers,

le troisième jour est ressuscité des morts,

est monté aux cieux,
est assis à la droite de Dieu
le Père tout-puissant,
d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l’Esprit Saint,
à la sainte Église catholique
à la communion des saints,
à la rémission des péchés,
à la résurrection de la chair,
à la vie éternelle.

B. IVe -Ve siècles : la foi de Nicée et l’œuvre des premiers conciles œcuméniques.

Dès le IIe siècle la réflexion chrétienne suscite différentes doctrines qui s’affrontent. Autour de quels points de foi se rassembler ?

 Trois impératifs doivent être conciliés : le monothéisme biblique, la profession de foi trinitaire du baptême, le salut en Christ opéré pour la multitude.

Les questions sont multiples : comment Jésus-Christ et l’Esprit sont-ils Dieu ? Le Fils est-il subordonné au Père ? Jésus est il un homme divinisé et adopté par Dieu ? Des controverses conflictuelles éclatent et gagnent tout l’Empire après 313[8].

La crise arienne cristallise les tensions. Arius (256 – 336) est un prêtre d’Alexandrie qui veut sauvegarder les privilèges du Dieu unique, le seul à être sans commencement.

  • Selon lui : « Le Verbe n’a pas coexisté de toute éternité avec le ¨Père. Le Verbe a été créé du néant. Le Fils n’est pas par nature et proprement dit du Père, il a commencé à exister par un acte de volonté du Père. Le Verbe est par nature sujet au changement, physiquement et moralement.

Alexandre, évêque d’Alexandrie, oppose à Arius la théologie suivante :

  •  Le Verbe coexiste avec le Père depuis le commencement. Le Verbe ne fut pas créé, c’est lui qui a tout créé. Le Verbe est Fils, non pas par adoption, mais par nature. Le Fils possède une nature égale à celle du Père. Le Verbe existe par la communication de l’essence du Père. Le Père, de par sa nature divine, n’est pas sujet au changement ni à la souffrance.

Pour mettre fin à l’agitation l’empereur Constantin décide de rassembler les évêques en un grand concile à Nicée (ville turque actuelle d’Iznik).

1.     Le concile de Nicée (325).

Premier concile œcuménique (universel), il réunit 300 évêques principalement d’Orient. Confirmer la condamnation d’Arius n’est pas suffisant : il faut définir une doxa[9] , une doctrine positive de la foi. Eusèbe de Césarée[10] propose le credo de son Eglise. Il est accepté mais à la demande de Constantin les évêques ajoutent, en parlant du Fils de Dieu l’adjectif HOMOOUSIOS, c’est-à-dire de MEME SUBSTANCE que le Père, ou CONSUBSTANTIEL au Père. Comme c’est l’empereur qui l’a proposé, tous les évêques ratifient.

L’importance du concile de Nicée est donc la condamnation de l’arianisme, l’affirmation de la divinité pleine et entière de Jésus-Christ, et la formulation du Credo de Nicée, déclaration fondamentale de la foi chrétienne.

Le symbole de Nicée[11]:

  •  Nous croyons en un Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles, et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, unique engendré du Père, c’est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non fait, consubstantiel (homoousios) au Père, par qui tout a été fait, ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre, qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu, s’est incarné , s’est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux et viendra juger les vivants et les morts, et en l’Esprit Saint.
  • Pour ceux qui disent : « il fut un temps où il n’était pas » et « avant de naître il n’était pas », et « il a été créé du néant » ou qui déclarent que le Fils de Dieu est d’une autre substance (hypostasis*) ou d’une autre essence (ousia*), ou qu’il est créé ou soumis au changement ou à l’altération, l’Eglise catholique et apostolique les anathématise ».

2.     Du concile de Nicée (325) au concile de Constantinople (381)

L’accord de Nicée est rapidement remis en cause, car homoousios ne se trouve pas dans l’Ecriture et les orientaux, au contraire de l’occident latin, récusent la formule. Les tensions s’accentuent, mais la réflexion théologique progresse. On parvient à distinguer ousia (substance) et hypostase (personne). Ceci permet de concilier l’égalité du Père et du Fils dans la substance et dans la distinction des deux personnes.

Reste à régler une question : l’Esprit Saint est-il Dieu ?

3.     Le concile de Constantinople (381)

Réflexion théologique : Basile de Césarée[12] montreque l’Esprit, lui aussi, est de même substance que le Père.

380 : retour au calme. L’empereur Théodose fait du catholicisme la religion d’Etat, reconnaît Grégoire de Naziance évêque de Constantinople et convoque un concile (local, pas œcuménique).

Le concile de Constantinople établit qu’il faut garder la foi professée à Nicée et refuser les hérésies. Et il ajoute une affirmation sur le Saint Esprit :

« Nous croyons au Saint Esprit Seigneur qui règne et qui rend vivant, qui procède du Père et qui avec le Père et le Fils doit être honoré et glorifié ».

Ainsi se constitue le Credo que nous récitons chaque dimanche.

Les latins y ajouteront le fameux filioque (qui procède du Père et du Fils), une des causes du schisme de 1054 entre l’Eglise latine et l’Eglise grecque :

Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant,
créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible,
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu,
lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu
Engendré non pas créé,
consubstantiel au Père ;
et par lui tout a été fait.
Pour nous les hommes, et pour notre salut,
il descendit du ciel;
Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Ecritures, et il monta au ciel;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts
et son règne n’aura pas de fin.
Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire;
il a parlé par les prophètes.

Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.
J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.

Amen

4.     Nouvelle question théologique : vers le concile de Chalcédoine (451).

Une fois réglée l’égalité entre le Père, le Fils et l’Esprit, on se demande comment comprendre l’union entre la divinité du Verbe et l’humanité de Jésus. Dit autrement : comment parler de l’Incarnation ?

D’une période troublée et tumultueuse concernant, entre autres, la contestation du terme de théotokos (Mère de Dieu) appliqué à Marie, retenons l’essentiel.

  • Le concile d’Ephèse (431) renforce l’autorité de Nicée et l’insistance sur l’unité du Christ, à partir de cette formule[13] : « Des deux natures l’union s’est faite […] et à cause de cette union, nous confessons que la sainte vierge est théotokos, parce que le Verbe de Dieu s’est fait chair et s’est fait homme ».

Passons sur les controverses poursuivies par les extrémistes de chaque camp, qui suscitent un nouveau concile à Ephèse (449) qui n’apaise rien.

  • En 451 le nouvel empereur Marcion se tourne vers l’évêque de Rome, Léon, pour venir présider un concile. Ce dernier envoie un légat[14] , et le concile se réunit à Chalcédoine (face à Constantinople). C’est la première fois qu’un évêque de Rome préside un concile œcuménique[15] .

Le concile de Chalcédoine entérine avec enthousiasme le Credo de Nicée-Constantinople, et le développe. Il affirme l’union de la nature divine et de la nature humaine en Jésus de Nazareth, le Verbe incarné, vrai homme et vrai Dieu.

Cette base essentielle n’empêche pas toutefois la recherche de formulations complémentaires et renouvelées lorsque les cultures changent[16].

La justification des évolutions de formes est à chercher dans l’adéquation entre le sens théologique de la proclamation de la foi et la langue dans laquelle elle s’exprime. Contrairement aux idées reçues, les nouvelles formules ne sont pas des changements mais des réajustements au sens originel et étymologique de la Tradition ecclésiale.

III. Recevoir le Credo aujourd’hui.

Reformulation et échange autour du Symbole de Nicée-Constantinople :

  • Quel contenu, quelles vérités de foi ?
  • Question : A la lumière de notre foi et des éclairages apportés, que disons-nous quand nous proclamons le Credo ?
  • Quel potentiel de régénération « ici et maintenant » ?
  • Question : « Credo, je crois, c’est cela que je crois » … Qu’est-ce que ça change, qu’est-ce que ça m’invite à changer dans le concret de mon expérience de vie ?

En guise de conclusion, ce viatique pour la route : « Oui j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni hauteur ni profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. Rm 8, 38-39.


[1] Cité dans l’article sur le Credo du journal La Croix, p. 10, du 25 janvier 2025.

[2] Kerygma, terme grec signifiant crier ou proclamer comme un héraut, utilisé dans le sens de proclamer, annoncer, prêcher.

[3] Evêques à partir de la 2e génération, « Pères de l’Eglise» qui se veulent évangélisateurs et fils des Apôtres

[4] Ignace d’Antioche, Lettre aux Tralliens.

[5] Ignace d’Antioche, Lettre aux Romains.

[6] Irénée de Lyon, Contre les Hérésies.

[7] On a supposé un hommage à Pierre et Paul et une référence aux douze Apôtres

[8] Paix de l’Eglise, religion chrétienne tolérée par Edit impérial (Constantin 1er et Licinius).

[9] Doxa, ensemble des opinions reçues sans contestation possible comme évidentes.

[10] Eusèbe de Césarée (265 – 339) , évêque de Césarée en Palestine.

[11] Source : Jean COMBY, Pour lire l’histoire de l’Eglise, T.1, p. 98, Ed. Cerf, 1998,

[12] Evêque de Césarée, grand ami de Grégoire de Naziance, qui écrit dans le même sens. Tous deux, avec Grégoire de Nysse, forment un trio d’évêques prestigieux du IVe siècle, grands Pères de l’Eglise Cappadociens.

[13] Formule proposée par Cyrille, évêque d’Alexandrie, qui s’opposait à Nestorius évêque de Constantinople, au sujet de l’invocation populaire de Marie Mère de Dieu.

[14] Les Huns ont envahi l’Occident et Léon ne peut se déplacer.

[15] Plus tard on fera de cette présidence romaine la condition pour qu’un concile soit reconnu œcuménique.

[16] Ex : « consubstantiel » a remplacé « de même nature » que le Père, dans la nouvelle traduction du Missel romain en 2021.